Stratégies et politiques de communication des belligérants non-étatiques

with Marc Hecker, “Stratégies et politiques de communication des belligérants non-étatiques,” Centre d’Etudes en Sciences Sociales de la Défense (C2SD), Paris, Les Thématiques du C2SD, n° 21, 192 pages

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Le constat de faiblesse pourrait conduire les « belligérants non-étatiques » àne pas se lancer dans la lutte. Tel n’est pas le cas. Combattre est en effet perçu par ces derniers comme une obligation éthique, résultant de la supériorité morale de la cause qu’ils défendent. L’origine de cette supériorité varie selon les situations. Les deux cas de figure les plus fréquents sont les luttes de libération nationale et les soulèvements à caractère religieux. Dans le premier, les insurgés combattent pour l’indépendance, la liberté et l’égalité, contre un adversaire étatique décrit comme un tyran impérialiste déniant au peuple son indépendance et ses droits civiques. Dans le second, ils considèrent comme un devoir religieux de mener une guerre contre un ennemi impie. L’exemple des jihadistes est, à cet égard, éloquent. Abdallah Azzam, perçu par certains comme le père spirituel d’Oussama Ben Laden, distinguait ainsi le « jihad offensif » du « jihad défensif ». Le « jihad offensif », qui consiste à « attaquer les infidèles dans leur pays », est considéré comme une « obligation collective » à laquelle il est possible, sous certaines conditions, de déroger. Le « jihad défensif » est en revanche une « obligation individuelle » et même « le plus important devoir individuel » lorsque « les infidèles pénètrent dans l’un des territoires musulmans » ou encore lorsqu’ils « font prisonniers des musulmans ».

Que ce soit dans le cadre d’une lutte de libération nationale ou d’une confrontation religieuse, le statu quo est si inconcevable pour les « belligérants non-étatiques» qu’ils sont prêts à mourir pour modifier la situation. L’importance de l’enjeu transparaît dans les slogans révolutionnaires. Le bataillon de Ngo Van Chieu avait par exemple choisi comme mot d’ordre « Mieux vaut mourir pour l’indépendance que de vivre en esclave ». Dans le même esprit, Amilcar Cabral, chef de la guérilla en Guinée et au Cap-Vert, ponctua son discours à la première conférence tricontinentale des peuples d’Asie, d’Afrique et d’Amérique latine (janvier 1966) en reprenant une devise chère aux guérilleros cubains : « Patria o Muerte ! Venceremos ! ».

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